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Orchestra Baobab - Made in Dakar

(World Circuit - 2007)
Pape Ndiaye
Nijaay
Beni baraale
Ami kita bay
Cabral
Sibam
Aline
Ndéleng ndéleng
Jirim
Bikowa
Colette

« Made in Dakar » est le nouvel album d’Orchestra Baobab, sorti en octobre 2007, après « Specialist in all styles » en 2002. Orchestra Baobab est un groupe sénégalais mythique, formé à la suite de l’ouverture en 1970 dans le quartier européen de Dakar, du club sélect le Baobab, pour les milieux d’affaires et politiques. Ce club a alors besoin de constituer son orchestre et recrute des musiciens du Star Band, autre groupe phare célébrant l’indépendance du pays en 1960 et résident du Miami Club, ainsi que d’autres talentueux chanteurs et musiciens pour former le groupe Orchestra Baobab. Orchestra Baobab propose une musique pop influencée par différents courants musicaux comme la musique cubaine, en vogue à la fin des années 60, la highlife, la rumba congolaise ou la soul. Leurs paroles sont représentatives de ce métissage et des différentes cultures du Sénégal en somme : wolof, malinké, créole portugais et français.

La notoriété d’Orchestra Baobab est telle, qu’il en devient presque le groupe officiel du Sénégal avant de se séparer dans les années 80, incapable de résister à la fermeture du club, à l’émergence de nouveaux talents comme Youssou N’Dour et l’Etoile de Dakar (fondé sur les cendres du Star Band) et d’un nouveau style de musique, le mbalax, qui représentent bien la vivacité culturelle et musicale de Dakar et du Sénégal mais aussi leur évolution sociale. Orchestra Baobab se reforme presqu’au complet en 2001 grâce à la pugnacité du label anglais World Circuit et l’aide de Youssou N’Dour. Et pour ne pas faire les choses à moitié, Orchestra Baobab a de nouveau une résidence à Dakar, au Just 4 U Club.

Ce nouvel album est un mélange d’anciens titres issus de leur vingtaine d’albums précédents et d’inédits. S’il est difficile de synthétiser « Made in Dakar » tant les références historiques, sociales, culturelles et les influences musicales sont nombreuses, on peut dégager trois grands thèmes à cet album :

Les femmes d’abord. Elles sont très présentes, importantes pour le groupe. Orchestra Baobab leur rend hommage mais pas seulement. Il les met en garde contre un certain laisser-aller qui peut les guetter une fois mariées dans « Nijaay ». « Aline », inédit, est le prénom de la compagne de l’un des chanteurs. C’est une chanson d’amour en français car le français, comme l’amour, est universel. « Ndéleng ndéleng », inédit, est lui aussi un clin d’œil aux compagnes des membres du groupe. « Bikowa » transcende la relation amoureuse.

L’Afrique. Forcément. Ses grands hommes avec « Papa Ndiaye » ; « Beni baraale », inédit, qui est un hommage à Aboubacar Demba Camara du Bembeya Jazz National. Le Bembeya Jazz National est un orchestre mythique des années 60 en Guinée et au-delà de ses frontières, notamment grâce à cet homme qui a beaucoup contribué à son rayonnement. L’Afrique et sa riche diversité avec « Ami kita bay » dont les paroles sont en créole portugais, langue parlée en Casamance, enclave sénégalaise située entre la Gambie et la Guinée Bissau où le créole portugais est aussi parlé. Ce qui n’est pas sans rappeler les troubles qui ont secoué cette région et sa récente et encore fragile stabilité. L’Afrique et l’Histoire avec « Cabral », inédit, hommage au Président guinéen Amilcar Lopes Cabral qui réussit à faire plier le pouvoir portugais colonial.

Enfin la musique. Forcément. Inévitablement. Au-delà de la musique elle-même, chaque morceau parle de musique, de par le choix du style pour chaque titre. Retenons « Papa Ndiaye » qui est une reprise d’une chanson de griot. Ce morceau date de 1968 et a reçu un accueil mitigé, justement en raison de son adaptation par un groupe moderne. Arrêtons-nous sur « Ami kita bay », métissage musical tellement représentatif d’Orchestra Baobab puisqu’il mélange mbalax et salsa. Dansons sur « Sibam » qui s’inspire des danses rituelles lors des circoncisions et dont l’interprète, Medoune Diallo, a popularisé l’afro-salsa en Afrique. Rappelons-nous et préservons la rumba congolaise des lendemains de l’indépendance dans les années 50 et 60 avec « Aline ». Mais encore « Bikowa » et le son de la calypso et la highlife ghanéenne, « Jirim » ou le cha-cha-cha façon Orchestra Baobab et enfin « Colette », inédit, hommage soul-reggae au guitariste mexicain Carlos Santana.

On murmure que Dakar est une des villes les plus festives du monde. On veut bien le croire en écoutant « Made in Dakar » et on se sent fiers, du coup, qu’Orchestra Baobab ait aussi choisi le français pour son nouvel album, pour nous faire partager son amour des femmes. Car la musique et l’Afrique sont des femmes et on a bien cerné leur importance pour Orchestra Baobab.

28 avril 2008

Anne Littardi

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