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Taraf de Haïdouks - Maskarada

(Crammed Discs - 2007)
Ostinato & Romanian Dance
Lezghinka
Danza ritual del fuego
Waltz from masquerade
In a Persian market
De cînd ma aflat multimea
Romanian folk dances
The missing dance
Asturias
Parca eu te-am vazut
Hora moldovenesca
Les portes de la nuit
Parlapapup
Suita maskarada
bonus édition française :
Dehors, les ténèbres
Azi e nor - i senin

« Maskarada » est le cinquième album de Taraf de Haïdouks. Outre les nouveaux titres, cet album est novateur car Taraf de Haïdouks explore un nouveau répertoire et expérimente une nouvelle méthode de travail.

Taraf de Haïdouks est un groupe roumain, de la région de Valachie plus précisément (les 12 membres sont originaires du même village), où existe une grande tradition musicale. Plus qu’une tradition, la musique est vitale. Dans cette région on joue d’un instrument de père en fils. Et tous jouent un répertoire de balades et chants folkloriques et populaires que nous appelons musique tzigane. Taraf de Haïdouks dont le mot « haïdouk » signifie « brigand » et fait référence à de nombreuses balades, incarne cette tradition jusque dans son nom. La musique est vitale car elle véhicule la résistance, la fierté et la survie d’une culture mal vue et stigmatisée encore aujourd’hui par une partie des Roumains. Et, dans ses quatre albums précédents, le Taraf est resté fidèle à cet esprit.

« Maskarada » marque donc un tournant dans la carrière du groupe. Car les morceaux de cet album sont en majorité des reprises de partitions classiques. Mais qu’est-ce-qui leur a pris ? Le Taraf rendrait-il les armes ?

Que nenni ! Outre l’envie de se renouveler, le Taraf a voulu, pour faire un pied de nez aux puristes, démontrer que les compositeurs de musique classique ont puisé leur inspiration dans des balades et folklores populaires qu’ils ont retranscrits dans un autre univers musical ; que le répertoire classique n’est donc pas élitiste et que musique classique et tzigane se croisent, n’en déplaisent à certains. Le groupe montre aussi que ces répertoires classiques restent modernes.

Les compositeurs choisis pour ces reprises sont des compositeurs européens classiques de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle afin de changer de registre et des airs hongrois les plus entendus.

Bela Bartok qui a inspiré les titres « Ostinato & Romanian Dance » et « Romanian folk dances » est un compositeur et pianiste hongrois. Il a parcouru la Hongrie et la Roumanie pour s’inspirer des mélodies et chants populaires qu’il a adaptés en registre classique avec un quatuor à cordes.

Aram Khachaturian est un compositeur géorgien. Son œuvre, que l’on retrouve dans les morceaux « Lezghinka » et « Waltz » comprend des concertos pour violon, violoncelle, flûte et piano. Il a aussi composé des musiques de films dont l’adaptation du roman « Mascarade » (1941) de l’auteur russe Lermontov. Son influence majeure fut les musiques populaires arméniennes.

Manuel de Falla est un compositeur et pianiste espagnol. Le morceau « Danza ritual del fuego » revisité ici a été composé en 1915. Il narre les mésaventures de la belle Cardela harcelée par un revenant. Afin de rompre le maléfice, elle détourne son attention vers une autre femme. Comme Bartok et Khachaturian, son oeuvre est marquée par la retranscription de morceaux et contes folkloriques espagnols.

Albert Ketelbey est un compositeur et chef d’orchestre anglais. « In a Persian market » fait partie de ses œuvres les plus connues et a été reprise plusieurs fois. Ici encore il s’agit d’une scène populaire.

Isaac Albéniz est un pianiste et compositeur espagnol réputé pour ses oeuvres inspirées du folklore espagnol. Il a beaucoup voyagé partout dans le monde. Le morceau « Suite espagnole » est l’une de ses œuvres les plus connues.

Joseph Kosma est un compositeur français. Il fut l’élève de Bartok. Il a surtout composé des musiques de films dont « Les portes de la nuit » pour le film du réalisateur français Marcel Carné qui raconte le destin d’un ouvrier à Paris durant la deuxième guerre mondiale.

Et n’oublions pas les compositions propres du Taraf, plus traditionnelles : « Da cind ma aflat multimea », « The missing dance », « Parca eu te-am vazut », « Hora Moldovenesca », « Parlapapup » et « Suita Maskarada ». Sans compter les deux titres en bonus pour l’édition française de l’album - quels veinards ces Français ! Mais pourquoi donc une édition particulière pour la France ? Tout simplement parce que les membres du Taraf sont très francophiles et francophones, qu’ils affectionnent la France et que leur label est en Belgique francophone. Allez, amis québécois, suisses ou béninois, faites-leur un triomphe et vous aurez droit au même traitement de faveur !

D’un point de vue technique, Taraf de Haïdouks travaille traditionnellement à l’oreille. Grande révolution, les musiciens ont dû déchiffrer d’oreille les partitions pour les jouer ! L’ensemble instrumental est composé d’une flûte, quatre violons, trois accordéons, une clarinette, deux cymbalums et une contrebasse.

Un album très vivant, à écouter pour découvrir toutes ces nouveautés, à réécouter pour en découvrir toutes les facettes et subtilités et une formation à voir sur scène pour se laisser gagner par l’énergie de cette mascarade...

15 janvier 2008

Anne Littardi

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