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Hocus Pocus - Place 54

(On & on records / Universal - 2007)
Place 54
Quitte à t’aimer - avec Césaria Evora et Magik Malik
Smile - avec Omar
Recyclé - avec Fred Wesley & Stro the 89th Key
Normal
Vocab ! Prélude
Vocab ! - avec T Love & The Procussions
Mr tout le monde
Tournée
Move on - avec Dajla & C 2 C
Touriste - avec Elodie Rama & Tribeca
Je la soul - avec Taïriq Keda
Histoire d’une VHS
Voyage immobile
Extrait N°15

Voici enfin « Place 54 », le deuxième album d’Hocus Pocus. Après le succès de « 73 Touches », réédité avec des titres inédits fin 2006, ils étaient très attendus, par les fans mais pas seulement. Non sans appréhension, nous étions impatients de découvrir les nouvelles compositions d’Hocus Pocus, incontournables dans la scène musicale francophone. Seraient-ils à la hauteur ou la pression serait-elle trop forte ?

Si la première écoute peut s’avérer un peu déroutante, notamment l’ouverture de l’album avec le morceau plutôt lent « Place 54 », la cohérence musicale devient évidente à la seconde écoute. Hocus Pocus revient de 2 ans de tournée et cet album constitue un retour aux sources. Retour aux sources dans leur ville d’origine Nantes, comme une fin de week-end festif et fatiguant, et retour aux sources du rap, le jazz et la funk. Présents dans tous les morceaux, le jazz et la funk sont honorés, fêtés, ovationnés, comme un hommage à tous les plus grands artistes. En témoigne d’ailleurs la présence des musiciens Magic Malick, l’un des seuls artistes de jazz à privilégier la flûte traversière et à ne pas considérer cet instrument comme secondaire et le joueur de trombone Fred Wesley (qui a collaboré avec James Brown, Maceo Parker, Parliament et Bootsy Collins). Musicalement, l’album tient ses promesses, ne sonne pas comme un jazz fade et froid. L’ensemble est riche, plein de subtilités, aérien, parfois même exotique (« Touriste »). Il n’est pas surprenant que Motown France dirigé par la rappeuse Diam’s les ait recrutés.

Quant aux textes, si le rappeur 20syl est parfois critiquable pour le manque de profondeur de ses propos, il tacle quand même la France et ses dérives actuelles en matière d’immigration (« Quitte à t’aimer » où Cesaria Evora chante le refrain), évoque le malaise actuel d’une société française sur le déclin et individualiste (« Place 54 », « Normal ») ; malaise reflété par le vide actuel de l’industrie musicale et audiovisuelle où chacun veut son moment de gloire même éphémère (« Recyclé » avec l’hommage aux Last Poets et Gil Scott-Heron, « Mr Tout le Monde »), dénonce les méfaits du tourisme et ses dérives sexuelles et sociales (« Touriste » avec la chanteuse Elodie Rama qui aurait été plus efficace si elle semblait plus sûre de ses propos). Effectivement il aurait été plus convaincant si plus incisif mais ses textes sont plein d’ironie et n’oublions pas qu’Hocus Pocus a toujours revendiqué son positivisme. Positivisme ou simple envie de profiter de l’instant présent que l’on retrouve dans « Smile », « Vocab » où l’on assiste à une joute verbale entre 20syl, la rappeuse américaine T-Love et le groupe américain The Procussions sur l’universalité de la musique et les particularités et dérives linguistiques des rap anglais et français, « Tournée » empreint de nostalgie, « Je la Soul » confession d’un homme amoureux d’une femme, des femmes et de la musique.

Cet album est donc équilibré à tous points de vue et chaque écoute est l’occasion de découvrir de nouveaux éléments musicaux ou vocaux. Le phrasé de 20syl oscille toujours entre parlé et rap et sa voix entre poésie et débit plus saccadé. Comme le précédent, il se laisse écouter en boucle. Hocus Pocus fait définitivement partie des valeurs sûres du rap français et francophone. Ouf, nous voilà rassurés...

Clip vidéo : Hocus Pocus « Smile » Featuring Omar

 :: Voir le clip vidéo « Smile » de Hocus Pocus

28 octobre 2007

Anne Littardi

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